Johannesburg — La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a lancé son tableau de bord biennal, un outil essentiel permettant de suivre les progrès réalisés en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs (SDSR) dans ses 16 États membres. De nouvelles données, notamment issues d’enquêtes démographiques et sanitaires, montrent d’importantes avancées dans l’amélioration de la santé sexuelle et reproductive des populations de la région, tandis que des efforts concertés restent urgemment nécessaires dans d’autres domaines.
Le tableau de bord de la SADC offre un aperçu régional des progrès accomplis dans la mise en œuvre de la Stratégie SDSR de la SADC et des objectifs relatifs à la santé et à l’égalité des genres inscrits dans les Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030. Élaboré pour la première fois en 2019, il constitue un outil de redevabilité sociale utilisant un système de « feux tricolores » pour suivre 20 indicateurs.
Le rapport met en évidence des améliorations dans la réduction des taux de naissances chez les adolescentes et de la transmission verticale du VIH, tout en tirant la sonnette d’alarme face à l’augmentation des infections sexuellement transmissibles et à la nécessité d’investissements supplémentaires pour réduire la mortalité maternelle.
Principales avancées
Baisse des naissances chez les adolescentes :
Douze États membres ont enregistré une diminution des naissances chez les adolescentes, attribuée notamment au déploiement massif de programmes d’éducation à la vie et de formation complète à la sexualité ainsi qu’à la prévention du VIH dans les écoles primaires.
Diminution des infections à VIH :
La région a connu une baisse des nouvelles infections au VIH. Toutefois, le dernier tableau de bord indique que le rythme de réduction ralentit chez les adolescentes et les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans dans sept pays. Cette tendance pourrait être liée à une hausse des infections sexuellement transmissibles (IST) dans la moitié des pays ainsi qu’à une baisse de l’utilisation du préservatif dans la majorité d’entre eux.
Réduction de la mortalité maternelle :
Six pays ont enregistré des diminutions significatives de la mortalité maternelle selon leurs dernières données nationales de santé. Ces progrès résultent de la priorité régionale accordée à cette question, priorité qui doit être maintenue afin de préserver les acquis.
Progrès importants dans la réduction de la transmission verticale du VIH :
Douze États membres sont en bonne voie pour atteindre l’objectif des ODD d’ici 2030, dont cinq ayant déjà atteint cette étape en 2025. Malgré ces résultats positifs, les enfants, les adolescentes et les jeunes femmes restent en retard dans l’accès aux services liés au VIH.
Domaines nécessitant des efforts renforcés
Planification familiale :
Huit États membres ne répondent pas aux besoins contraceptifs des femmes. Investir dans la contraception pour les femmes et les adolescentes permettrait de réduire davantage les grossesses précoces, les décès maternels évitables et de renforcer leur contribution à la croissance économique et au développement national.
Violences basées sur le genre :
Les violences sexuelles et conjugales demeurent élevées dans l’ensemble des pays de la SADC. Bien que des progrès aient été réalisés dans l’adoption de lois et de politiques adaptées, des investissements supplémentaires sont nécessaires pour garantir leur application effective, notamment par l’intégration des services SDSR, VIH et VBG afin d’assurer la santé et le bien-être des survivantes.
Financement national de la santé :
Aucun pays de la SADC n’a atteint l’objectif de la Déclaration d’Abuja, qui prévoit l’allocation de 15 % des budgets nationaux à la santé. Quatre pays ont toutefois consacré plus de 10 % de leur budget à ce secteur. Face à la diminution des financements des bailleurs, les pays doivent accélérer la mobilisation de ressources nationales pour progresser vers la couverture sanitaire universelle et réduire les dépenses directes des citoyens.
« La véritable force de ce troisième tableau de bord ne réside pas seulement dans ce qu’il mesure, mais dans l’action qu’il exige de nous. À cinq ans de l’échéance de 2030, nous devons agir avec urgence, accélérer la mise en œuvre des initiatives efficaces et soutenir nos engagements par des actions audacieuses, mesurables et responsables », a déclaré Dr Aaron Motsoaledi, ministre de la Santé de la République d’Afrique du Sud.
« Investir dans la santé et les droits sexuels et reproductifs n’est plus seulement une question de santé publique ; c’est un impératif économique fondamental. Les recherches montrent que chaque dollar investi dans la planification familiale, en particulier chez les jeunes, peut générer jusqu’à 100 dollars de bénéfices économiques à long terme. Pourtant, le sous-financement chronique et la dépendance à l’aide extérieure compromettent notre dividende démographique », a affirmé S.E. Elias Mpedi Magosi, Secrétaire exécutif de la SADC. Il a également souligné la nécessité de réformer les lois restrictives, d’appliquer les législations contre les violences basées sur le genre et les mariages précoces, et d’intégrer pleinement les SDSR dans les plans d’adaptation climatique.
Depuis 2018, le programme régional conjoint des Nations Unies 2gether 4 SRHR, réunissant l’ONUSIDA, le FNUAP, l’UNICEF et l’OMS, soutient la SADC dans le développement, la mise en œuvre et le suivi de la stratégie SDSR, avec le financement du gouvernement suédois.
« Les résultats obtenus — baisse des naissances chez les adolescentes, réduction des décès maternels et diminution des infections au VIH — doivent être célébrés et protégés. Toutefois, le tableau de bord 2025 rappelle que ces acquis restent fragiles », a déclaré Lydia Zigomo, Directrice régionale du FNUAP pour l’Afrique de l’Est et australe.
Jonathan Gunthorp, Directeur exécutif du SRHR Africa Trust, a averti : « Malgré nos succès, nous risquons de créer une région à deux vitesses où les lacunes en matière de planification familiale, de prévention du VIH et d’égalité des genres laisseraient 94 millions d’adolescents sans les conditions nécessaires à leur bien-être et à leur contribution au développement économique et social. »
À propos de 2gether 4 SRHR
2gether 4 SRHR est un programme régional conjoint des Nations Unies, en partenariat avec la Suède, réunissant les efforts de l’ONUSIDA, du FNUAP, de l’UNICEF et de l’OMS afin d’améliorer les droits en matière de santé sexuelle et reproductive en Afrique de l’Est et australe. Pour plus d’informations et accéder à des ressources dédiées à l’Afrique, visitez le SRHR Knowledge Hub.


