Face à la transition démographique et aux défis de l’emploi des jeunes, le Nigeria identifie l’investissement dans l’éducation des filles comme un levier stratégique pour assurer un développement durable.
Ziauddin Yousafzai, cofondateur du Malala Fund, a récemment mis en lumière le potentiel économique de cette approche. Lors d’un entretien accordé à Arise News le samedi 4 octobre, il a estimé que garantir douze années de scolarité à toutes les jeunes Nigérianes pourrait générer jusqu’à 100 milliards de dollars supplémentaires par an pour le Produit Intérieur Brut (PIB). Selon lui, l’éducation des filles est non seulement un droit fondamental, mais aussi un puissant moteur de prospérité économique.
Il a souligné l’impact transformateur d’un tel investissement : « Investir dans l’éducation des filles ne change pas seulement leur vie ni celle de leur famille ou de leur communauté, cela transforme la vie de chacun. Et si nous voulons voir ce pays prospère, nous devons investir dans l’éducation. »
Le pays a déjà lancé des initiatives concrètes. Le programme AGILE (Adolescent Girls Initiative for Learning and Empowerment), soutenu par la Banque mondiale, travaille à améliorer l’accès à l’éducation pour 8,6 millions d’adolescentes dans dix-huit États. De son côté, le Malala Fund s’est engagé à verser 50 millions de dollars supplémentaires sur cinq ans pour l’accès des filles à l’enseignement secondaire. Ces efforts doivent être renforcés par des politiques publiques favorisant l’inclusion et en améliorant la sécurité et l’accessibilité des écoles, notamment dans les régions rurales ou touchées par l’insécurité.
Les bénéfices de l’éducation féminine vont au-delà de l’économie. Chaque année d’études additionnelle pour une femme peut augmenter son potentiel de revenu de près de 10 %, tout en ayant des effets positifs sur la santé publique (réduction de la mortalité infantile et retardement des grossesses précoces). À l’échelle nationale, réduire le fossé éducatif entre les genres pourrait modifier la structure productive du Nigeria et augmenter la participation des femmes à la population active. Bien que le Global Gender Gap Report 2024 indique que le Nigeria a atteint un taux d’égalité éducative de 84,2 %, le pays doit encore progresser en matière de représentation économique et politique des femmes.
L’appel de Yousafzai s’inscrit dans un contexte où l’Afrique cherche activement à transformer son dividende démographique en une opportunité économique. La Banque mondiale a d’ailleurs récemment approuvé un financement de 1,08 milliard de dollars pour le Nigeria, dont près de la moitié est dédiée au secteur de l’éducation. En investissant massivement dans ses jeunes filles, le Nigeria et le continent africain misent sur la productivité, l’innovation et la résilience, faisant de cette stratégie un pari potentiellement très rentable face aux menaces du chômage des jeunes et des inégalités sociales.


